Dossiers Flux information

Publié le 7 mars 2013 | par Nadia Bellifa

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Sommes-nous tous devenus des flux ? – Partie 1

Il est bon de savoir prendre du recul sur certains phénomènes pour mieux les appréhender. Nous avons décidé de revenir sur le domaine qu’Internet a sans doute le plus bouleversé en ce début de 21e siècle : notre façon de communiquer. Profondément ancrés désormais dans l’ère numérique, face aux milliards de messages échangés chaque jour à travers le monde, et confrontés à des milliers de nouveaux canaux… La question qui s’est posée à nous est la suivante : et si nous étions tous devenus des flux ?

L’explosion des réseaux sociaux numériques (RSN)

Depuis plusieurs dizaines d’années, nous assistons à une puissante accélération de notre société de l’information qui s’est lancée dans une course folle après le temps et l’espace. Télégraphe, téléphone, télévision, réseaux cellulaires… La communauté scientifique a cherché, sans cesse, des solutions pour remédier aux contraintes et à la complexité des communications à distance. Et leurs efforts n’ont pas été vains : les progrès réalisés au cours de ce dernier quart de siècle sont prodigieux.

À l’ère de l’ubimédia, la plupart des messages émis via le numérique se substituent peu à peu aux autres moyens de communication : lettre, téléphone, rendez-vous physique…. Ce déplacement spatio-temporel transforme profondément notre organisation et nos habitudes.  À la fois l’individu à la source de l’information, mais aussi l’émetteur du message, le récepteur et le destinataire sont plongés dans divers canaux de communication. Le communiquant actuel est ainsi submergé dans des espaces d’échanges qui se complexifient et laissent place à une communication sur des réseaux complètement éclatés et dispersés à travers le monde.

Plus généralement, avec l’explosion de l’usage des réseaux sociaux, c’est une véritable rupture avec les champs de rencontre traditionnels. D’ailleurs, la plupart d’entre nous cumulent des dizaines d’amis sur ces réseaux, voire des centaines ou des milliers pour les plus actifs, alors que nous en voyons à peine une dizaine dans la vie réelle. Pourtant, d’un bout du monde à l’autre, de vraies relations peuvent en naître. Les liens deviennent virtuels, les conversations se multiplient et donc, nous l’avons dit, de nouveaux canaux s’accumulent chaque jour aux autres. Face à cet enchevêtrement de messages émis, reçus, lus, transformés et partagés à l’échelle mondiale, quel est aujourd’hui notre rôle ? Quelle est notre fonction ? En clair, de messagers, de destinataires, de sources, sommes-nous devenus aujourd’hui des flux ?

La circulation de l’information à l’heure du web 2.0

L’anthropologie pour comprendre la communication dans un groupe

Déjà dans les années 50, des chercheurs en psychologie sociale, notamment Alex Bavelas et ses collaborateurs du MIT, s’interrogeaient sur la performance d’un groupe d’individus et étudiaient leur communication comme le reflet possible de la vie en société. Certains de leurs travaux, dont celui de Harold Leavitt en 1951, fixaient quatre variables géométriques dans l’organisation de groupe : le réseau en cercle, en chaîne, en Y et en X. Une variable indépendante (l’organisation du groupe) représentait leurs capacités à résoudre un problème. De chaque organisation observée découlait une communication particulière influant sur la résolution du problème.

Aujourd’hui, ces observations de terrain paraissent vraiment lointaines. Pourtant, la piste de recherche anthropologique sur la communication au sein d’un groupe et l’hypothèse d’un impact de sa structure sur la capacité à résoudre un problème est de toute évidence une bonne réflexion. C’est un fait, la mutation comportementale observée chez les jeunes générations depuis l’apparition d’internet influe sur le fonctionnement organisationnel de la société, et cela sans épargner les entreprises, dont certaines startups en sont l’exemple probant.

Le collaboratif, force majeure des réseaux d’individus

Le web est passé d’un média d’information global à un puissant média collaboratif. D’ailleurs, cette vertu est un peu la nouvelle devise des générations y, et z : la résolution de problèmes passe d’abord par le partage des connaissances.

L’éclatement géographique transforme radicalement notre capacité à résoudre un problème. C’est la principale force majeure de ces nouveaux réseaux d’individus : enrichissement de wikis, expertise sur les forums, Peer to Peer… partout à travers le monde des individus forment des alliances d’amateurs devenus professionnels.

Avec un peu d’imagination, nous pourrions même entrevoir les multiples mailles des réseaux, propulsées par les calculs binaires de nos puissantes machines informatiques, et traçant des milliers de canaux s’enchevêtrant au cœur du système d’internet. Un ballet de flux d’informations relayés aux quatre coins du monde.

Flux Twitter lors de la catastrophe du 11 mars 2011 au Japon

L’impact de l’esprit web sur les entreprises

De nos jours, le récepteur du message n’est plus passif comme au temps du télégraphe et plus récemment de la télévision (bien que cela commence à évoluer avec les nouvelles interactions TV – Twitter). Dorénavant, le récepteur émet aussi des messages, souvent reproduits, voire transformés. L’interaction n’a jamais été aussi prononcée et il devient difficile, surtout pour une entreprise, de maîtriser tous ces flux de conversations.

Pour une entreprise qui fonctionne en réseaux, aux 4 coins de la France, voire du monde, des forces internes s’exécutent à faire fonctionner la machine. Chaque individu devient une énergie productive en coordination avec les autres acteurs.

Pas de grande différence pour l’instant avec une entreprise traditionnelle. Ce qui diffère vraiment des autres structures, c’est l’exploitation maîtrisée des outils TIC et une formation permanente aux nouvelles technologies collaboratives. Cela passe aussi souvent par la mise en place d’un RSE (réseau social d’entreprise) pour retrouver un espace commun dématérialisé et ainsi remédier à la disparité géographique des membres de l’équipe. Dans ce cas, le système d’information est capital car l’information circule en grande majorité par le biais numérique. Ces nouveaux modes de fonctionnement influent fortement sur l’organisation de l’entreprise et sur le capital social de l’entité. De plus, la nécessité de maîtriser les outils TIC renforce ces entreprises de par une plus grande flexibilité dans l’appropriation de nouveaux outils et une adaptabilité aisée au changement.

L’enjeu majeur de cette mutation observée dans tous les pans de la société est avant tout de capitaliser sur l’humain. L’accomplissement personnel est au cœur de cette transformation et l’individualisme développé par les particuliers sur les RSN (Réseau social numérique) s’applique aussi à la vie professionnelle. Tout le monde veut aujourd’hui s’épanouir dans son travail et parfois même en fragilisant les barrières entre vie privée et vie publique. Ces nouvelles exigences demandent une souplesse de management axée sur l’autonomie de chaque collaborateur et sur l’idéal d’une montée en compétence du groupe. Hormis le renforcement des connaissances des équipes, c’est une véritable idéologie de relations de services qui se développe et transforme peu à peu les activités marchandes et de services au sein de nouvelles topologies.

 


Lire la page 2 – Communication interne – Sommes-nous tous devenus des flux ?
Lire la page 3 – Communication externe – Sommes-nous tous devenus des flux ?

Lire la page 4 – Interaction de l’entreprise – Sommes-nous tous devenus des flux ?


Bibliographie
WINKIN, Yves. (2001). Anthropologie de la communication, de la théorie au terrain, Editions De Bœck & Larcier S.A / Editions du Seuil, 332 pages.

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One Response to Sommes-nous tous devenus des flux ? – Partie 1

  1. CHARLES says:

    Collectivement on est peut être devenus des flux, mais individuellement on ne sera au mieux que des relais ou des routeurs si on veut utiliser le langage de l’internet

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