Interview de David Fayon : Auteur du livre "Web 2.0 et au-delà"

Publié le 7 juin 2009 | par Jean-François Ruiz

2

Pourrais-tu te présenter en quelques lignes ?

David Fayon, auteur dernièrement de " Web 2.0 et au-delà " préfacé par Pierre Kosciusko-Morizet. Je suis tombé dans la marmite informatique étant petit en 1981. Mon premier mél envoyé remonte à 1989…Et depuis lors, études puis travail ont été menés parallèlement à une activité de veille intense sur Internet puis le Web qui est une passion. Il est pour moi capital de se maintenir en permanence informé des évolutions technologiques et d´anticiper les conséquences en matière d´applications et d´usages. Mais aussi de partager et d´échanger. Côté professionnel, je suis actuellement Directeur de projets SI à La Poste après avoir occupé différents postes comme Directeur marketing de ColiPoste (2000 à 2003) période pendant laquelle j´ai développé avec mes chefs de produits la gamme Colissimo pour répondre à l´essor pressenti du e-commerce puis responsable de l´outil des contrôleurs de gestion de La Poste jusqu´en 2007. Outre la passion ès Internet, j´aime le sport en général, les raids en équipe en particulier (VTT, course d´orientation, etc.) sauf la natation où je nage péniblement le " chien crawlé ". 🙁 Pour les autres informations, il suffit de se rendre sur des réseaux sociaux comme LinkedIn, Viadeo ou encore Ziki. 😉

Oui c´est vrai les mensurations manquent à l´appel (1 m 84 pour 77 kg). Peu de réseaux sociaux les demandent sauf pour certains plus axés sur les rencontres. A noter que pour connaître les tailles des personnalités (de De Gaulle à Nicolas Sarkozy par exemple), on peut se rendre sur http://la-bonne-taille.blog-machine.info.

Pourquoi avoir écrit le livre " Le Web 2.0 et au-delà " ?

Après avoir écrit " Clés pour Internet " et encouragé par le feed-back et les échanges avec les lecteurs, je voulais aller plus loin et décrire les évolutions présentes et à venir du Web comme les applications du Web 3D et du web sémantique tout en donnant des éléments pour être plus efficace sur le Web et améliorer sa visibilité numérique. Le 2.0 n´est pas une mode mais plus un commencement et le véritable déroulement de la révolution immatérielle. C´est ainsi qu´à l´origine le sociologue canadien Marshall Mc Luhan imaginait le réseau des réseaux. Nous avons beaucoup d´écrits sur le sujet – le Web 2.0 ayant généré beaucoup de buzz – mais je n´en ai pas vu/lu qui réalisent un 360 degrés du domaine avec les aspects techniques, économiques, sociologiques, organisationnels et une profondeur historique. Et quand on voit chez beaucoup de politiques la connaissance actuelle du Web 2.0, je crois avoir visé juste pour évangéliser nos élus par exemple. Nous avons du chemin à faire par rapport au débat d´arrière-garde pour HADOPI qui devrait être inapplicable dans les faits, pour expliquer les changements de paradigmes induits par le logiciel libre, les nouveaux modèles économiques du Web 2.0, l´effet longue traîne, etc.

Pour toi, quel est le changement majeur amené par cette vague 2.0 ?

L´augmentation du champ des possibles avec la triple évolution technique (feuilles de style, syndication de contenu, Ajax, etc.), participative (et notamment l´internaute qui est à la fois consommacteur et consommauteur ainsi que l´effet émergence des réseaux sociaux au-delà de Facebook et la redistribution des pouvoirs qui en découlent) et relative aux données collectées et stockées qui sont les trois composantes du nouveau Web. Le caractère même du Web 2.0 est cette course à l´évolution permanente (et le principe de la version Bêta perpétuelle) avec chaque jour de nouveaux outils et le combat de titans que se livrent Google et Microsoft. On l´a vu ces derniers jours avec les annonces de Google Wave et Microsoft Bing. Chacun essaie aussi d´investir le terrain du concurrent, c´est une partie de Go ou d´échecs à laquelle nous assistons. Google tente d´imposer son navigateur Chrome qu´il peine à faire décoller. Microsoft essaie de donner un regain à Explorer qui a du mal à respect les standards du Web (tests Acid 2, 3, 4 notamment). Alors que Firefox, Opera et Safari sont déjà de très bons navigateurs.

Economiquement, la vague 2.0 rend le positionnement des acteurs instables et nous assistons à des évolutions permanentes des positionnements (Apple avec l´iPhone et les services développés autour pour lesquels il prélève une triple dîme, Orange qui avec son Orange Labs a plusieurs projets dans ses cartons y compris pour concurrencer Google – on l´a vu avec 24 24 Actu par exemple). Dans les usages, la vague 2.0 modifie les comportements. Certains internautes délaissent le mél au profit des messageries internes à leurs réseaux sociaux comme Facebook.

Quels nouveaux usages as-tu adopté récemment qui ont changé ta vie ?

Je ne dirai pas que ces usages pour quelqu´un qui baigne dans la marmite numérique depuis petit ont changé ma vie, néanmoins ils ont soit simplifié soit modifié certains comportements, plutôt en ajoutant des outils les uns aux autres (en sus du site, du blog et des réseaux sociaux). Le micro-blogging en constitue un exemple. J´ai adopté Twitter (http://twitter.com/fayon) qui est complémentaire aux autres réseaux sociaux, plus dans l´instantanéité. Il nécessite néanmoins de mettre des limites notamment quant à la cyberdépendance générée car on peut malgré la simplicité de l´outil vite devenir accro d´une part et au droit à la déconnexion d´autre part. Le bon usage des outils du Web 2.0 demande d´examiner la valeur ajoutée apportée par chacun de ces outils et de vivre une complémentarité entre monde physique et monde virtuel.

Quels sont pour toi les usages de demain ?

Sans être Madame Soleil, on peut raisonnablement penser que nous nous orientons vers la combinaison de techniques déjà présentes, la valeur ajoutée résidant dans l´assemblage de deux ou plusieurs outils (les mashups où un service est associé avec Google Maps par exemple) mais aussi les architectures SOA et le développement des widgets pour que chacun personnalise son environnement de travail, le tout davantage vers des solutions de type à la demande (SaaS) où l´on pourra consulter ses applications et données de n´importe où mais qui demanderont une sécurité accrue. Ces nouveaux usages seront liés à la mobilité et son corollaire la géolocalisation avec le GPS. Nous allons entrer dans un cycle d´innovation qui va s´accélérer. Il conviendra d´avoir du flair pour les concepteurs mais aussi pour les utilisateurs pour dénicher les applications gratuites ou payantes qui apporteront outre des fonc
tionnalités nouvelles un gain de temps. La notion de développement durable avec le Green IT émergera ainsi que les nouvelles formes de travail à distance.

Dans ce sens, l´action de notre ministre NKM pour le développement du numérique va dans le bon sens avec des chantiers tout azimuts (social games en entreprise, etc.). Il reste cependant à être vigilant quant à la lutte contre la fracture numérique (équipement des foyers, formation de ceux-ci, politique en faveur du haut et très haut débit sur l´ensemble du territoire). Mais elle gagnerait à être concertée au niveau européen pour ne pas partir en ordre dispersé face aux Etats-Unis et avoir une taille critique : nous avons plus d´internautes en Europe qu´aux Etats-Unis, un parc de téléphone mobile supérieur, des revenus par abonnés importants. Le TOP 5 du Web est entièrement américain (Microsoft, Google, Yahoo, Amazon, eBay) sans même compter les autres acteurs de l´informatique : Cisco, IBM, Oracle, HP, Apple et la liste est longue ! Et à côté de cette nouvelle frontière numérique européenne des initiatives privées comme la Startup Academy qui surfe sur l´effet sociologique de télé réalité sont à encourager.

Quel impact va avoir la révolution mobile (qui se prépare) sur nos manières de communiquer et de collaborer entre êtres humains ?

Un mot, comme on dit en sport : Ce sera " énorme ". Quand on sait que le parc de téléphone mobile est 3 fois supérieur à celui des PC… Déjà nous avons des réflexes pavloviens. Le syndrome du " T´es où ? " avec le téléphone portable ou du " Qu´est-ce que tu fais ?" du micro-blogging modifie notre rapport au temps, à l´action, à l´espace. Avant même de demander à une personne comment elle va, on souhaite savoir où elle se trouve. En outre les frontières vie professionnelle / vie privée vont s´étioler. Il appartiendra à chacun de mettre des limites, de définir des sphères de contact (famille, amis, travail, associations, etc.) et d´interagir avec ses bulles de connaissances. La tendance collaborative du Web 2.0 sera prolongée avec surtout une kyrielle d´applications marchandes grâce aux recommandations faites par ses amis qui ont un impact fort sur l´acte d´achat.

La révolution mobile sera également capitale pour les pays en voie de développement, en Afrique majoritairement où la culture de l´oralité est très forte. Certains pays (Par exemple le Kenya avec Safaricom) passent directement en phase mobile en shuntant l´étape PC avec les stratégies de micro-paiements. Tout ceci représente des opportunités de collaboration et de croissance chez nous mais aussi une redistribution des pouvoirs.

Et au-delà, Qu´imagines-tu pour 2015 ?

Nous aurons migré d´IP à IPv6, la pénurie d´adresse IP sera derrière nous. Nous vivrons le Web 3.0 sous deux dimensions, la première l´internet des objets avec une multitude d´objets communicants reliés à Internet et une kyrielle de puces RFID. La seconde, le Web sémantique avec des outils intelligents qui anticiperont les souhaits des internautes. Nous serons bien au-delà du moteur de recherche sémantique actuel Wolfram Alpha.

Nous vivrons de plein pied l´ubiquité nomade où chacun devra mettre des limites quant à la géolocalisation et basculer de temps à autre en mode " déconnecté ". On voit déjà apparaître des sites comme Aki Aka, un réseau social qui permet de géolocaliser ses contacts. Les risques de " big brotherisation " accentuée matinée de " minority report ", pointés par exemple par la CNIL, ne sont pas à exclure et il conviendra à chaque citoyen de se tenir informé pour vivre intelligemment dans les deux univers complémentaires, physique et virtuel. Et d’assurer un certain contre-pouvoir pour éviter qu’un Gouvernement totalitaire et liberticide, quel que soit sa forme, n’émerge

Merci pour tes réponses. A quand le prochain livre ?

Je souhaite d´abord une deuxième édition PARTICIPATIVE de " Web 2.0 et au-delà " où j´intégrerai les remarques pertinentes des lecteurs que je remercierai au passage. C´est aussi ça le Web 2, le tout doit devenir supérieur à la somme des parties. Et chacun peut aussi apporter sa pierre à l´édifice. La notion d´intelligence collective prend tout son sens.

Tags: ,



2 Responses to Interview de David Fayon : Auteur du livre "Web 2.0 et au-delà"

  1. Benoit says:

    Très intéressante cette interview! J’apprécie cette vue synthétique du web2.0 et des évolutions futures de nos comportements.

  2. cocotte says:

    Si l’auteur maîtrise mieux les concepts web2.0 que le chien crawlé, ça donne envie de lire son bouquin !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Why ask?

Retour en Haut ↑